Alien 3 (ou Cube?)

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Alien 3 (ou Cube?)

Message par Christopher Samuels le Jeu 15 Déc - 16:58



Confier les rênes d’un projet aussi convoité qu’Alien 3 à un réalisateur comme David Fincher relève initialement d’une véritable gageure. En effet, comment un jeune technicien de 30 ans ayant fait ses armes dans les effets spéciaux avant de passer à la mise en scène de clips et de publicités pouvait-il prétendre s’attaquer à une saga aussi légendaire et venir se frotter aux deux génies aux commandes des volets précédents (Ridley Scott et James Cameron, pour ne pas les nommer) sans jamais avoir pris en charge la réalisation d’un long-métrage, qui plus est aussi ambitieux ? Aujourd’hui, la réponse parait évidente : Fincher est lui-même génial (sa filmographie parle pour lui) et son ébullition créative autant guidée par l’envie d’accoucher de chocs visuels forts que par la soif d’expérimenter sur tous les terrains à sa disposition (technique, scénaristique ou réflexif) allait achever de convaincre les exécutifs de la Fox de lui faire confiance. L’Histoire est aujourd’hui tristement célèbre : lancée en urgence avant même l’existence d’une version finalisée d’un scénario qui allait subir de nombreuses réécritures en plein tournage, Fincher perd peu à peu le contrôle du film qui s’éloigne de plus en plus de sa vision originelle et finira par quitter la production fâché en reniant le montage qui sortira en salle en 1992. Et pourtant, celui-ci propose de nombreux morceaux de bravoure et complète très dignement l’univers de la saga, l’enrichissant des obsessions en gestation de son « auteur » tout en prolongeant très intelligement de nombreuses thématiques abordées dans les films précédents.

Même après 20 ans, David Fincher refuse encore d’être associé à quelque niveau que ce soit à son film. Pas de commentaire audio, pas d’interview, pas de supervision de la remasterisation pour l’édition blu ray, rien. En résumé, Fincher répudie son film tant le tournage fut un enfer pour lui. On passera en effet par 3 scenarios tous rejetés dont un qui envisageait une planète monastère constituée de bois, habitée par des moines vivants en totale autarcie Trop couteuse cette idée fut rejeté et le scénariste qui devait réaliser claqua la porte. C’est la production elle-même qui poursuivit le remaniement du projet, et reprit des éléments des scripts existants pour finalement accoucher d’une planète prison sans aucune technologie, dont les détenus se comportent comme des moines.

Pour l'idée:


Fincher, arrivant aprés un tel chaos, et se voyant remettre au jour le jour des pages de scripts réécrites, fait ce qu’il peut pour survivre artistiquement et aura tout de même réussit à faire ressortir sa touche visuelle ce qui n’était pas joué d’avance. On retrouve en effet dans Alien 3 l’ambiance ocre/orangée et sombre de ses futurs films. D’ Alien3 à Benjamin Button, en passant par Seven, l’ambiance orangée sombre jalonne l’œuvre de David Fincher. Autre trait propre à l’ensemble des films de Fincher, l’homme a un goût pour les univers masculins sombres et l’hémoglobine. Pénitencier, scènes de crime gore, club de combats clandestins: peu de place pour les femmes dans ses films (voir le crâne rasé de Ripley qui était son idée), et une bonne dose de sang.

Etant donné les déboires scénaristiques précédemment évoqués, on comprend mieux pourquoi ce troisième opus pioche grandement dans les traits marquants des deux films précédents plutot que d’inover comme le faisaient ses deux prédécesseurs. On revient donc aux sources avec, comme dans le premier film, un seul Alien qui chasse, et comme dans le second film des myriades de couloirs où, oh bonheur, on peut jouer à cache-cache Alien jusqu’à plus soif ! Le thème de la Wayland Company, obsédée par l’étude de l’Alien au mépris des vies humaines, est lui aussi repris de manière récurrente à travers tout le film. On retrouvera même Bishop ou plutôt son concepteur. Un clin d’œil intéressant au film précédent. Au final, on ne peut s’empêcher de regretter ce manque d’originalité
Pourtant les thémes centraux n’en sont pas pour autant mal traités. La famille était le nœud de l’intrigue des deux premiers Alien. Aliens, le retour se fermait sur la création d’une famille recomposée : Ripley, Hicks et Newt, s’en vont à la dérive dans l’espace. Dans ce troisième film pessimiste, la famille recomposée a échouée. La navette s’est écrasée sur une planète hostile, tuant Hicks sur le coup. Quant à Newt. elle s’est faite tuée par l’alien .
Preuve flagrante de cet échec familial, alors que Newt sautait au cou de Ripley à la fin d’Aliens, le retour en s’exclamant « Maman ! », lorsque le médecin légiste lui demande si c’était sa fille, Ripley répond après hésitation « Non… ». Hicks et Newt seront incinérés dans la fonderie au début du film, Ripley les rejoindra à la fin.
Le film s’achève comme il a commencé, avec la mort de la figure maternelle, la famille a définitivement péri.
C’est en cela que cet épisode de la saga est important. Il marque la fin de la famille humaine au profit de l’apparition de la famille Alien. C’est chose faite dans ce film. L’Alien a vaincu. L’évolution suit son chemin. En pondant une reine en Ripley, il fait d’elle le chaînon manquant entre l’Homme et l’Alien: un être humain porteur de l’avenir de la race des Aliens.
La mère qui a perdu deux petites filles devient la future mère de la reine Alien. Et à ce titre, lui confiera « N’aie pas peur, je fais partie de la famille ». Cela entame la mutation ultime qui sera exposée dans Alien résurrection, dernier opus de cette tétralogie mythique qui sait si bien mêlé horreur et sensibilité humaine



Tout dans ce film sens la desesperance, la fin de l'humanité, la meilleure preuve étant l'etat de Bishop, monstrueux.
Le film signe la fin de la famille pour la Foi, la redemption de l'homme, malmenné par la société, ici encore, la Weyland, venant a la fin pour, encore tenter de prendre l'Alien-reine que porte Ripley, qui finira par se sacrifier.
Possédant en elle les clés d’un salut hypothétique, incertain mais envisageable (la Foi ?), Ellen Ripley s’impose ici comme une figure christique absolue dont l’importance se matérialise par cette troupe de quidams laissés-pour-compte trouvant en cette jeune femme au crâne rasé, d’abord une tentatrice (la sexualité est très fortement suggérée par les dialogues) aux effets pervers (voire destructeurs), puis un véritable guide spirituel capable de les sortir d’une situation inextricable pour le commun des mortels. S’ensuit une bataille acharnée dans les méandres de la prison désaffectée, symbole évident des circonvolutions cérébrales d’un personnage maltraité par sa nature extraordinaire (extra-humaine ?) et à la recherche permanente d’une reconstruction psychique nécessaire (qui suis-je vraiment et quel est mon but ?). Le sacrifice final de Ripley, conclusion merveilleuse d’une prise de conscience terminale en forme d’aboutissement philosophique parfait, reste certainement l’un des plus belles séquences d’Alien 3, rédemptrice pour Ripley mais également pour l’Humanité toute entière.
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